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Editorial
Journal 2001 |
Académie Suisse du vin |
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Le vin et l‘OIVRÉPONDRE AU DÉFI DU CONSOMMATEURAllocution prononcée par l‘honorable Monsieur Alexander Downer, membre du Parlement australien, ministre des Affaires étrangères, lors de l‘ouverture du 26e Congrès mondial et de la 81e Assemblée générale de l‘Organisation de la Vigne et du Vin, à Adélaïde, le 12 octobre 2001. Introduction Monsieur Félix Aguinaga, Président de l‘OIV, Monsieur Georges Dutruc-Rosset, Directeur-Général de l‘OIV, Monsieur Rob Kerrin, Vice-Premier ministre de l‘Australie-Méridionale, Monsieur Mike Rann, Chef de l‘Opposition de l‘Australie-Méridionale, Madame Joan Hall, Invités d‘honneur, Délégués du Congrès, Mesdames et Messieurs, Au nom du gouvernement australien, j‘ai le plaisir de souhaiter officiellement la bienvenue en Australie aux délégués de l‘OIV et des pays membres. En ces temps incertains sur le plan international, je me réjouis de voir que vous avez été si nombreux à faire le long voyage pour assister à cette importante manifestation annuelle. C‘est la première fois que l‘Australie accueille le Congrès mondial et l‘Assemblée générale de l‘OIV, et cette manifestation a lieu à un moment notable pour cette importante organisation. Notable, parce que c‘est le premier Congrès et la première Assemblée générale à être organisés depuis la signature d‘un nouveau Traité pour l‘OIV au début de cette année. Il m‘est particulièrement agréable de vous souhaiter la bienvenue à Adélaïde – ma ville natale – et dans le centre de l‘industrie viticole australienne. C‘est en 1838 que les premières boutures de vigne furent apportées du Cap de Bonne Espérance et plantées à quelques kilomètres d‘ici dans le district de McLaren Vale. Aujourd‘hui, l‘Australie- Méridionale représente près de la moitié de la production totale de raisin à vin de l‘Australie et comprend des zones de production célèbres comme McLaren Vale, Barossa Valley, Clare Valley, Coonawarra et Langhorne Creek. Bien que je sois très fier de l‘industrie vitivinicole de l‘Australie-Méridionale, vous n‘ignorez pas qu‘on cultive la vigne un peu partout sur le continent australien, dans de nombreuses régions, et qu‘il existe de nombreuses variétés. Nous sommes fiers de notre longue histoire viticole. Les immigrants qui ont peuplé l‘Australie ont apporté avec eux un amour du vin et les traditions vitivinicoles européennes, auxquels ils ont ajouté de solides compétences techniques et en matière de recherche, ainsi que la volonté non réfrénée d‘essayer de nouvelles idées et de nouvelles approches. J‘ai l‘occasion aujourd‘hui de souhaiter la bienvenue non seulement aux chefs de file de centres mondiaux de production viticole – l‘Europe, les Amériques, l‘Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande – mais aussi aux représentants des autres régions vitivinicoles australiennes. L‘industrie australienne du vin La culture de la vigne et la production du vin en Australie remontent à l‘arrivée des colons européens il y a plus de 200 ans. On peut dire, toutefois, que ce n‘est qu‘au cours de ces dernières décennies que nos vins ont attiré l‘attention du reste du monde. Comme vous l‘entendrez probablement dire plus tard ce matin, dans le rapport du Directeur- Général sur l‘état du secteur vitivinicole mondial, l‘industrie australienne du vin a connu une importante expansion sur une période relativement courte. En effet, en Australie, depuis l990 :
L‘Europe mise à part, l‘Australie est aujourd‘hui le plus grand exportateur de vin du monde. Nous avons fait du chemin depuis 1975, époque à laquelle l‘Australie était un importateur net de vin. Pourquoi l‘Australie a-t-elle remporté un tel succès? Comme on pouvait s‘y attendre, on ne peut pas l‘attribuer à un seul facteur. Outre le travail assidu de nombreuses personnes de talent employées dans notre industrie du vin, la réussite australienne peut être attribuée à un certain nombre de facteurs:
Bien entendu, la réussite australienne doit être ramenée à ses véritables proportions. L‘Australie a été, et continue d‘être un acteur modeste sur le marché du vin mondial – elle ne représente qu‘environ 3 ou 4 pour cent du commerce mondial du vin. Et l‘Australie n‘est pas le seul pays à avoir obtenu de bons résultats ces dernières années. D‘autres pays, dont beaucoup sont représentés ici aujourd‘hui, ont obtenu des résultats analogues. Les géants de la scène vitivinicole mondiale – la France, l‘Italie et l‘Espagne – restent dominants. A eux seuls, ils produisent 54 pour cent de la production mondiale et représentent plus de 64 pour cent des exportations de vin. La concurrence internationale est intense. Les défis auxquels seront confrontés tous les pays producteurs dans les années qui viennent seront importants. Cela sera particulièrement le cas lorsque le monde commencera à ressentir les effets d‘un éventuel excédent de vin – qui entraîneront une pression supplémentaire sur les prix du vin, avec comme corollaire une diminution du rendement. D‘autres mises au point sont inévitables dans le secteur vitivinicole. Les producteurs continueront individuellement de chercher à améliorer la compétitivité de leurs produits. Mais nous verrons également de fortes pressions exercées sur certains gouvernements pour qu‘ils augmentent le soutien financier ou autre accordé à leurs producteurs nationaux. L‘accès au marché Un préalable essentiel de la durabilité économique à long terme de l‘industrie mondiale du vin est la capacité des producteurs d‘accéder au marché – national et international. Dans le passé, les pays qui produisaient du vin consommaient également du vin. Un dixième seulement des ventes mondiales traversait les frontières nationales et était destiné, la plupart du temps, aux voisins immédiats. Ces dernières années, toutefois, ce chiffre est passé à plus d‘un quart de toutes les ventes. Le vin est donc en train de devenir un produit dont le commerce s‘internationalise de plus en plus. Dans le cas de l‘Australie, environ 47 pour cent des ventes totales de vin sont destinés aux marchés d‘exportation, contre 11 pour cent en 1990. Cette croissance du commerce international du vin met en évidence l‘importance fondamentale de l‘accès au marché pour tous les producteurs. Il importe d‘avoir des règles équitables, transparentes et stables. Ces règles ne profitent pas seulement aux producteurs en augmentant les potentialités du marché en matière de vin, mais aussi aux consommateurs en leur offrant un plus grand choix tant du point de vue de la gamme de produits que du prix. En tant qu‘organisation internationale s‘occupant de diverses questions scientifiques, techniques et autres liées au vin, l‘OIV peut également jouer un rôle important en encourageant la création d‘un meilleur environnement commercial international. Il faut que nous nous fassions tous à l‘idée que le vin est désormais un phénomène mondial. Dans les années 20, I‘OIV était une organisation à dimension régionale regroupant des pays européens producteurs de vin. Aujourd‘hui, c‘est une organisation véritablement internationale qui, à une seule exception près, regroupe tous les principaux pays producteurs de vin du monde. Une industrie diverse L‘industrie mondiale du vin se caractérise par une diversité considérable, tant pour ce qui est du milieu physique dans lequel le raisin est cultié et de la panoplie d‘approches techniques et réglementaires utilisées que pour ce qui est de la production, de la distribution et de la commercialisation du vin. Bien évidemment, les producteurs de vin sont eux-mêmes loin d‘être homogènes. Ils peuvent aller de la petite entreprise familiale utilisant des techniques centenaires aux grandes sociétés multinationales utilisant les technologies les plus récentes et employant des milliers d‘ouvriers hautement spécialisés. Cette diversité est l‘un des points forts de l‘industrie du vin. C‘est ce qui donne son caractère à l‘industrie. Il faut y voir une opportunité plutôt qu‘une menace. Une opportunité, parce que la diversité signifie un plus vaste réservoir d‘idées et d‘expériences dans lequel peuvent puiser tous les producteurs. D‘autre part, cette diversité signifie aussi qu‘une approche mondiale uniforme d‘un problème ne convient pas toujours. Pour l‘OIV, cela signifie qu‘elle doit se demander si une approche uniformisée est appropriée lorsqu‘elle délibère sur des résolutions d‘ordre scientifique, technique ou économique. Une telle approche, qui ne tiendrait pas compte du paysage très divers dans lequel l‘industrie mondiale du vin exerce ses activités à l‘heure actuelle, ne ferait qu‘affaiblir et saper la crédibilité de l‘organisation. Les résolutions portant sur des questions techniques doivent être fondées sur des arguments scientifiques solides et objectivement vérifiables. D‘autre part, les résolutions d‘ordre réglementaire ou économique doivent tenir compte d‘approches différentes, mais également valables, utilisées par les pays membres pour aborder un problème particulier. Ces approches pourraient comprendre, par exemple, des approches basées sur l‘harmonisation ou bien des accords de reconnaissance mutuelle. Le nouveau traité de l‘OIV reconnaît la légitimité de ces deux types d‘approche. Mais surtout, I‘OIV doit éviter d‘adopter des résolutions qui deviendraient des barrières techniques pour le commerce du vin. L‘opposition ancien monde – nouveau monde. On a récemment évoqué dans les médias un clivage croissant entre les pays producteurs de vin du «nouveau monde» et ceux de l‘« ancien monde», et les mesures prises par certains pays pour ériger des barrières commerciales. En raisonnant de la sorte, on perd de vue nos intérêts communs. On exagère la portée de toute division, surtout si l‘on considère la gamme étendue des techniques et des pratiques déjà utilisées par les producteurs de vin du monde entier. Aucun pays n‘a le monopole de la tradition ou de l‘utilisation de technologies modernes. Le prétendu « clivage » entre le « nouveau » monde et l‘« ancien » monde ne tient pas compte non plus du fait que les concurrents ne sont pas limités par la géographie. La nature du secteur vitivinicole en Australie, et de nombreux autres producteurs du nouveau monde aussi d‘ailleurs, est tout simplement le produit des efforts déployés par les colons européens et les générations successives pour s‘adapter à des milieux nouveaux et plus ou moins inconnus. Naturellement, ceci s‘est concrétisé, au fil du temps, par des approches différentes de celles traditionnellement utilisées pendant des siècles par les viticulteurs européens. Je suis d‘avis que la mondialisation réduira, et non exacerbera, les divergences entre l‘ancien monde et le nouveau monde. Je me contenterai de citer brièvement trois facteurs à l‘appui de cette opinion.
Force est donc de reconnaître que, bien que la concurrence entre les producteurs continuera d‘être une réalité incontournable, les discussions sur les mérites respectifs des approches de la vitiviniculture du « nouveau monde » et de l‘« ancien monde» finiront par devenir, à la longue, des questions d‘intérêt historique. Le nouveau traité de l‘OIV 2001 a marqué un grand tournant dans l‘histoire de l‘OIV Après une révision approfondie de trois ans, un nouveau traité de l‘OIV a été conclu à une conférence diplomatique qui s‘est tenue en avril. Depuis lors, 35 pays, dont l‘Australie, ont signé le nouveau traité. Il est peut-être opportun que les réunions du Congrès et de l‘Assemblée générale de cette année se tiennent à Adélaïde, compte tenu du rôle clé que l‘Australie a joué pour mettre cette révision en route. Le nouveau traité est le résultat du travail assidu du Comité de révision original, des pays membres et du personnel clé de l‘OIV. A cet égard, je voudrais féliciter en particulier le Directeur- Général de l‘OIV, le Président de l‘OIV et l‘ancien Président de l‘OIV, Monsieur Fernando Bianchi de Aguiar, qui ont reconnu l‘importance de cette révision pour l‘avenir de l‘OIV et on oeuvré pour la mener à bonne fin. Du point de vue de l‘Australie, le nouveau traité est un grand pas en avant pour l‘OIV. Il sert d‘assise à l‘OIV pour devenir la principale organisation du vin intergouvernementale mondiale du XXIe siècle. Il apporte des statuts actualisés, ainsi que des processus de prise de décisions financières et opérationnelles améliorées. Les décisions par consensus – la méthode privilégiée par le traité – garantiront que les résolutions de l‘Assemblée générale de l‘OIV tiennent compte de toutes les considérations. En outre, grâce au traité, les pays membres seront vraisemblablement plus disposés à mettre en oeuvre les résolutions de l‘OIV. Il ne faut pas, toutefois, considérer le nouveau traité comme un but en soi. A plus long terme, il appartiendra aux pays membres de l‘OIV de suivre tant l‘esprit que la lettre du nouveau traité si nous voulons construire une OIV plus efficace, plus effective et plus cohésive. La meilleurs façon d‘atteindre ce but est de créer une culture d‘inclusion, une culture qui reconnaît la nature diverse du secteur vitivinicole mondial d‘aujourd‘hui, et le droit de tous les pays membres, quelle que soit leur taille, d‘avoir voix au chapitre. Tout le monde sait qu‘il y a eu des tensions au sein de l‘OIV – à preuve la décision prise par les Etats-Unis en juin cette année de se retirer officiellement. Cette action nous rappelle à tous que la force de toute organisation n‘est que la somme des engagements individuels de tous ses pays membres. Il est certain que les actions qui permettent à certains programmes d‘être mis en oeuvre pour servir les intérêts de certains, au détriment éventuel des autres, ne serviront qu‘à affaiblir et à diviser l‘organisation. A cet égard, je me contenterai de citer un seul exemple. Je parle des efforts faits par certains pour catégoriser et étiqueter le vin selon qu‘on le considère comme produit industriel ou fabriqué, ou comme produit à caractère agricole ou naturel. A notre avis, ce débat n‘ a aucun mérite scientifique ou technique et, s‘il continue, il ne servira qu‘à semer la division parmi les membres de l‘OIV. Cela dit, toutefois, je suis sûr que le nouveau traité de l‘OIV, ainsi que les statuts révisés de l‘OIV, constituent une assise solide qui assurera un avenir prometteur à l‘OIV. Il appartient maintenant aux pays membres de relever les défis des années à venir. Répondre au défi du consommateur Le thème du Congrès de cette année est Répondre au défi du consommateur. En tant qu‘organisation composée essentiellement de producteurs, il est particulièrement opportun que le Congrès de l‘OIV mette l‘accent sur l‘un des plus importants acteurs de l‘industrie vitivinicole – le consommateur. Il va sans dire que sans les consommateurs, il n‘y aurait pas d‘industrie. C‘est pourquoi, de nos jours, les entreprises vitivinicoles consacrent beaucoup de temps et d‘énergie, sans parler de l‘argent, à analyser l‘évolution du goût des consommateurs, ainsi qu‘à promouvoir et à commercialiser leurs produits. C‘est une tâche qui devient de plus en plus ardue, à mesure que les consommateurs deviennent plus éclairés et avertis. Les consommateurs n‘achètent pas les produits qui ne répondent pas à leur attente en matière de qualité et de prix. Les communications prévues au programme des séances des deux prochains jours sur la viticulture, l‘oenologie, les aspects économiques et le vin et la santé devraient fournir de nombreux aperçus et sujets de discussion intéressants à cet égard. Conformément aux congrès antérieurs de l‘OIV, le comité organisateur a également prévu un programme social et technique varié et intéressant. Ceci donnera à nos visiteurs d‘outre-mer une connaissance de première main de notre industrie vitivinicole, sans parler de l‘occasion de déguster notre vaste éventail de vins blancs et de vins rouges et de visiter notre beau pays. A ce sujet, je crois comprendre que beaucoup de participants ont déjà profité de l‘occasion pour réserver d‘autres tours en Australie à la fin du Congrès. J‘espère que vos expériences seront suffisamment positives pour vous encourager à inclure l‘Australie dans vos futures destinations de vacances. Je tiens à remercier les nombreux sponsors, y compris le gouvernement de l‘Australie Méridionale, qui ont parrainé les manifestations de cette semaine. Pour terminer, je tiens à remercier Peter Wall et le Comité organisateur australien, et en particulier l‘organisatrice de la conférence, Anne Ewer, qui ont travaillé dur pour assurer le succès du 26e Congrès mondial et de la 81e Assemblée générale. A tous les participants, je souhaite une semaine agréable et enrichissante. Je vous remercie de votre attention. Page principale → Journal 2002 → Le vin et l‘OIV |