Page principale
Editorial
Journal 2001 |
Académie Suisse du vin |
||
Editorial
Le vigneron, en cultivant sur sa terre une vigne, dérange la nature. Oui, car la nature ne tient pas du tout à ce qu‘une plante domine à elle seule une certaine surface. Elle recherche un équilibre afin que les différentes espèces, tout en se concurrençant, réussissent à cohabiter harmonieusement. L‘homme, par son travail, va mettre en valeur sa vigne et permettre à des millions de ceps de dominer sur de grandes surfaces. Cette concentration va créer un milieu favorable au développement des maladies spécifiques à la vigne ainsi qu‘un appauvrissement en certains éléments nutritifs du sol. Le travail en grand, la recherche de haute production, la mécanisation vont amplifier le phénomène. Il y a déjà plus d‘un siècle, certains agronomes se rendaient compte qu‘il était important de cultiver en créant un minimum de perturbation dans l‘équilibre général. Chaque action, si petite soit elle, doit être analysée afin de déterminer quel est son impact, non seulement sur la plante cultivée, mais sur tout l‘environnement à court terme et également à long terme. N‘oublions pas que Paul Hermann Müller, prix Nobel de physiologie ou de médecine en 1948 avait inventé le DDT, un insecticide qui a permis de sauver des millions d‘êtres humains et qui maintenant est interdit en agriculture à cause de ses effets secondaires graves pour la nature et notre santé. L‘un de ces effets, néfaste pour le vigneron, fut la prolifération de l‘araignée rouge par destruction de son prédateur, le typhlodrome. Les premiers cultivateurs BIO étaient souvent des amoureux de la nature, très idéalistes et qui ont déchanté plus d‘une fois en voyant leur culture anéantie car l‘équilibre s‘était rompu. C‘est ce qui explique pourquoi leur message a mis tellement d‘années à se faire entendre. Ces pionniers, par leur passion et leur ténacité, ont prouvé avec le temps qu‘ils avaient raison et, grâce à eux, I‘évolution se fait sur une grande échelle. Aujourd‘hui, ce ne sont pas seulement les cultivateurs et les consommateurs qui sont sensibles à la culture biologique, mais également les milieux politiques suisses et européens. Les chercheurs disposent de moyens plus importants, ce qui leur permet de définir des normes de culture toujours plus précises. Les écoles d‘agriculture forment leurs étudiants déjà depuis de nombreuses années dans cet esprit. Ces normes, sans être encore obligatoires, sont encouragées financièrement et pratiquées sur une très large échelle. Afin de déterminer la qualité du travail, il se met en place de nombreux contrôles sans cesse améliorés, qui obligent les terriens à maîtriser la traçabilité de leur récolte par un effort administratif important, ceci afin d‘empêcher les abus de certains. Dans le futur, nos chercheurs pensent résoudre les problèmes de maladie par des manipulations génétiques qui auront pour but de rendre certaines plantes résistantes à des maladies bien précises. Ces solutions sont très prometteuses et des semences de différentes espèces sont déjà vendues par des entreprises américaines. Le temps nous donnera la solution. Ne nous laissons pas emporter trop rapidement: à chaque petit pas de l‘évolution, observons la nature car, pour chaque petit déséquilibre elle réagit. L‘homme fait également partie de la nature et, s‘il a reçu le pouvoir de I‘influencer, c‘est qu‘elle lui fait confiance: alors méritons cette confiance en agissant avec respect. Christian DUBOIS Page principale → Journal 2002 → Editorial |